Mis à jour le 8 juillet 2026
Michel a acheté un pavillon des années 80 en périphérie de Marseille l’an dernier. L’installation électrique date de la construction : un tableau divisionnaire sans différentiel 30 mA, des sections de câble mélangées, un devis d’artisan à 12 000 € qu’il trouve démesuré pour son budget. Bon bricoleur, il se demande légitimement s’il peut refaire lui-même. La réponse, comme souvent en électricité, est plus nuancée qu’un simple oui ou non.
Oui, refaire l’électricité de votre maison vous-même est légal en France. Aucun article de loi n’interdit à un propriétaire d’intervenir sur sa propre installation. Trois conditions vous engagent malgré tout : respecter la série NF C 15-100 2024 (en vigueur depuis le 1er septembre 2025), obtenir une attestation Consuel pour toute installation neuve ou rénovation totale avec mise hors tension, et déclarer les travaux importants à votre assurance habitation.
📌L’essentiel à retenir :
refaire l’électricité de sa maison soi-même est légal, mais soumis à la conformité NF C 15-100 série 2024 et à l’attestation Consuel pour les installations neuves ou entièrement rénovées. L’économie réelle sur une maison de 100 m² tourne autour de 3 000 à 6 000 € par rapport à un artisan, au prix de 80 à 150 heures de travail et d’un risque de refus au Consuel.
Est-ce vraiment légal de refaire l’électricité soi-même ?
Rien n’oblige un particulier à passer par un électricien pour intervenir sur sa résidence principale. La liberté est un principe : l’arrêté du 3 août 2016, pris en application du Code de la construction et de l’habitation, impose la conformité à la NF C 15-100 sans jamais exiger que le maître d’ouvrage soit un professionnel. J’ai vu passer sur mes chantiers en Bouches-du-Rhône des dizaines d’installations réalisées par leurs propriétaires. Certaines étaient irréprochables. D’autres ont dû être corrigées poste par poste avant même la visite Consuel.
Une confusion revient souvent dans les forums : la mention « 45 000 € d’amende et 3 ans de prison » que certains sites diffusent en cas d’installation non conforme. Cette sanction n’existe pas pour un particulier chez lui. Elle correspond à l’article L8224-1 du Code du travail, qui vise l’exercice illégal d’une activité professionnelle (travail dissimulé). Autrement dit, elle s’applique à quelqu’un qui facturerait des prestations d’électricité sans qualification, pas à vous dans votre pavillon.

Les vrais risques encourus par un particulier autoconstructeur restent sérieux, sans être ceux qui circulent. Ils tiennent en trois points.
Bricoler chez soi n’est pas exercer illégalement
| Situation | Cadre juridique | Sanctions encourues |
|---|---|---|
| Refaire l’installation de votre résidence principale | Principe de liberté + obligation NF C 15-100 (arrêté du 3 août 2016) | Aucune sanction pénale spécifique. Responsabilité civile ou pénale en cas d’accident. |
| Modifier l’aspect extérieur du bâti sans permis (câblage en façade visible) | Infraction au Code de l’urbanisme (article L480-4) | Amende jusqu’à 300 000 €, prison en cas de récidive. |
| Facturer une prestation électrique sans qualification | Travail dissimulé (Code du travail, L8224-1) | 3 ans de prison, 45 000 € d’amende. |
Quels travaux électriques pouvez-vous faire vous-même ?
C’est la question la plus utile, et pourtant la moins traitée sur le web. Voici comment je classe les interventions selon le niveau de risque, après avoir vu ce que les particuliers réussissent ou ratent.
Le cas des maisons anciennes concentre les points sensibles : câbles textiles potentiellement amiantés, prise de terre à créer intégralement, tableau à refaire de A à Z.
⚠️Attention : avant toute intervention, coupez l’alimentation au disjoncteur général en amont (côté Enedis) et vérifiez l’absence de tension avec un VAT (vérificateur d’absence de tension), pas un simple tournevis testeur. Cette étape n’est jamais optionnelle, même pour changer une prise.
| Travaux | Niveau technique | Verdict Marc |
|---|---|---|
| Remplacer une prise ou un interrupteur | Faible, hors tension | ✅ DIY possible pour bon bricoleur |
| Changer un luminaire | Faible | ✅ DIY |
| Poser un radiateur électrique fixe | Modéré | ✅ DIY si section de câble adaptée |
| Ajouter un circuit prises supplémentaire | Modéré | ✅ DIY si tableau adapté et protection 20 A |
| Refaire un tableau divisionnaire complet | Élevé, sélectivité différentielle (coordination amont temporisé 300 mA / aval instantané 30 mA) | ⚠️ Possible, mais schéma unifilaire OBLIGATOIRE + Consuel |
| Créer une installation neuve maison entière | Élevé, long, technique | ⚠️ Réalisable pour très bon bricoleur, Consuel obligatoire |
| Intervention sur disjoncteur de branchement | Très élevé, sous scellés Enedis | ❌ Pro obligatoire (accès réservé Enedis) |
| Installation salle de bain (volumes 0, 1, 2) | Très élevé, IP + liaison équipotentielle | ❌ Pro recommandé, l’erreur est vitale |
| Installation triphasée | Très élevé | ❌ Pro obligatoire, compétences spécifiques |
| Raccordement borne recharge IRVE ≥ 3,7 kW | Élevé, réglementé | ❌ Installateur certifié IRVE Qualifelec (décret 2017) |
| Photovoltaïque en toiture raccordé réseau | Très élevé, Consuel + Enedis | ❌ QualiPV requis, Consuel PV obligatoire |
💡 Conseil de chantier :
si vous êtes autoconstructeur, commencez par les gestes hors tension (remplacement d’appareillage, ajout d’un circuit prises depuis un tableau bien conçu). Gardez le tableau divisionnaire complet et la salle de bain pour la fin, quand vous connaissez déjà votre installation.
La norme NF C 15-100 série 2024 : ce qui a changé depuis 2025
La NF C 15-100, référence technique pour toute installation électrique basse tension en France, a été refondue en série 2024. Cette série se compose de 21 normes distinctes (NF C 15-100-X), publiées par l’AFNOR le 21 août 2024. Elle remplace définitivement l’édition 2002 et ses amendements A1 à A5. Application obligatoire depuis le 1er septembre 2025 pour toute installation neuve ou entièrement rénovée.
Concrètement, si vous refaites votre installation aujourd’hui, c’est la série 2024 qui s’applique. Les grands principes restent : différentiel 30 mA sur tous les circuits terminaux (protection des personnes contre les contacts indirects), sections de câble adaptées à l’intensité, mise à la terre systématique, respect des IP en salle de bain, protection minimum par circuit.
Sur les évolutions utiles à un autoconstructeur, deux points méritent l’attention : le renforcement des règles sur les installations de recharge de véhicules électriques (IRVE) et sur le raccordement photovoltaïque, avec des circuits dédiés et des exigences de calibrage plus strictes. Pour tout le reste, votre installation refaite en 2026 doit rester lisible pour l’électricien qui interviendra dans 20 ans : schéma unifilaire propre, repérage rigoureux des circuits, bornier de terre accessible.
Le Consuel : quand est-il obligatoire pour vous ?
Le Consuel délivre l’attestation de conformité qui autorise Enedis à mettre votre installation sous tension. Cette attestation n’est pas systématique. Elle est exigée dans trois cas précis.

| Cas | Consuel obligatoire ? |
|---|---|
| Installation neuve raccordée pour la première fois au réseau | ✅ OUI |
| Rénovation totale avec mise hors tension par Enedis | ✅ OUI |
| Installation de production PV ou éolienne raccordée au réseau | ✅ OUI (décret 2010-301) |
| Rénovation partielle sans mise hors tension | ❌ Non obligatoire |
| Remplacement de prise, luminaire, appareillage | ❌ Non |
| Ajout d’un circuit sans intervention sur le branchement | ❌ Non |
Point utile pour l’autoconstructeur : c’est vous, auteur des travaux, qui remplissez la demande Consuel, pas un électricien tiers. Le tarif 2026 pour un particulier est de 144,67 € TTC en format électronique (146,15 € en papier), tarif officiel Consuel en vigueur depuis septembre 2024. En cas de non-conformité détectée à la visite, la visite de mise en conformité est facturée 233,62 € TTC. Un dossier bien préparé, avec schéma unifilaire lisible et repérage complet des circuits, évite cette dépense.
Assurance habitation : suis-je couvert si je refais mon installation moi-même ?
Aucun assureur ne vous interdit le bricolage électrique. Ce que le contrat exige, c’est la conformité aux normes en vigueur et la déclaration des travaux importants. Deux articles du Code des assurances structurent votre couverture : L113-2 impose la déclaration en cours de contrat de toute circonstance modifiant le risque, L113-8 prévoit la déchéance de garantie en cas de fausse déclaration ou d’omission intentionnelle.
En pratique, en cas de sinistre (incendie d’origine électrique, électrocution), l’assureur mandate un expert. Un refus d’indemnisation ne devient possible que si deux conditions sont cumulativement réunies : l’installation présente une non-conformité manifeste, et cette non-conformité est causalement liée au sinistre. Ce n’est pas automatique.
⚠️Attention : pour une refonte complète, envoyez à votre assureur un courrier recommandé avec accusé de réception mentionnant les travaux, avant leur réalisation. Conservez les factures matériel, les photos avant/pendant/après, et l’attestation Consuel. Ce dossier protège votre indemnisation en cas de litige.
Combien ça coûte vraiment ? DIY vs artisan, le calcul honnête
Le calcul du gain financier réel demande de distinguer trois postes : le matériel, la main-d’œuvre, et le temps investi. Voici les fourchettes constatées en 2026 pour une maison de 100 m² en rénovation complète, cohérentes avec une comparaison poste par poste sur cette surface type.
| Poste | DIY | Artisan |
|---|---|---|
| Matériel (câbles, gaines, tableau, disjoncteurs, apparillage) | 3 000 à 5 000 € TTC | Inclus dans le devis global |
| Main-d’œuvre | 0 € (mais 80 à 150 h investies) | 4 000 à 8 000 € selon région |
| Outillage spécifique (pince à sertir, multimètre, testeur) | 200 à 500 € | 0 € |
| Attestation Consuel | 144,67 € | Inclus |
| Visite de mise en conformité si refus | 233,62 € (risque) | Rare |
| MaPrimeRénov’ | ❌ Non éligible (travaux électriques purs hors périmètre 2026) | ❌ Idem (sauf projet global rénovation énergétique) |
| TVA sur matériel | 20 % (achat en direct particulier) | 5,5 ou 10 % selon prestation |
| Garantie décennale | ❌ Aucune | ✅ 10 ans |
| Temps de chantier | 3 à 6 mois (soirs et week-ends) | 3 à 4 semaines |
| Total budget hors temps | 3 500 à 6 000 € | 9 000 à 12 000 € |
Une précision utile sur la TVA : la TVA à 5,5 % en rénovation énergétique s’applique à la prestation facturée par une entreprise, pas au matériel que vous achetez seul en magasin. Un particulier autoconstructeur reste soumis au taux normal de 20 % sur ses achats matériel. C’est un point souvent mal compris, sourcé sur le BOFiP BOI-TVA-LIQ-30-20-95.
Concernant MaPrimeRénov’, le programme finance en 2026 des gestes de rénovation énergétique (chauffage, isolation, ventilation). Les travaux électriques purs (mise aux normes, remplacement de tableau, ajout de différentiels) ne sont pas éligibles seuls, même réalisés par un artisan RGE. Ils peuvent entrer comme travaux induits dans un projet plus large (installation d’une pompe à chaleur, par exemple), mais pas comme geste principal. Référence France Rénov’.
Ce que je vois sur mes chantiers : cinq erreurs des autoconstructeurs
En 20 ans de métier, j’ai été appelé à corriger des installations DIY dans des configurations très variées. Cinq erreurs reviennent presque systématiquement.

1. Sections de câble mal dimensionnées. Un client autoconstructeur d’Aubagne m’a appelé trois semaines avant sa visite Consuel. Il avait câblé son circuit chauffage en 1,5 mm² alors que ses convecteurs cumulaient 3 500 W sur ce départ. La NF C 15-100 impose 2,5 mm² pour ce type de circuit, protégé par un disjoncteur 20 A. Nous avons dû tout refaire sur ce départ. La règle utile : 1,5 mm² éclairage, 2,5 mm² prises et chauffage jusqu’à 20 A, 6 mm² pour four et plaque de cuisson 32 A. Le chauffe-eau se dimensionne en 2,5 ou 4 mm² selon la puissance et le disjoncteur associé.
2. Différentiel 30 mA absent sur un circuit terminal. La NF C 15-100 section 4-41 impose un différentiel 30 mA en tête de chaque groupe de circuits terminaux. J’ai vu des tableaux divisionnaires avec un seul différentiel 30 mA pour toute l’installation, ou pire, aucun. C’est un motif de refus Consuel systématique, et surtout un vrai danger d’électrisation. Une mise en sécurité doit toujours inclure ce contrôle.
3. Salle de bain : IP et liaison équipotentielle mal traités. La partie 7-701 de la NF C 15-100 définit les volumes 0, 1 et 2 autour des points d’eau, avec des indices IP minimum et une liaison équipotentielle supplémentaire obligatoire. Sur ce point, j’appelle un pro. Une erreur dans les volumes se paie par une électrocution en milieu humide.
4. Schéma unifilaire illisible. Le même client d’Aubagne m’a présenté son schéma tracé au stylo bille sur un cahier d’écolier. Le Consuel a refusé la visite avant d’examiner l’installation. Un schéma unifilaire propre, réalisé sur logiciel libre ou papier millimétré, avec repérage clair des circuits et calibres, est aussi important que le câblage lui-même.
5. Dossier Consuel incomplet. La demande d’attestation Consuel comporte des annexes obligatoires (schéma, plans, description des circuits). L’oubli des annexes retarde la visite. Le dossier Consuel se remplit une fois le chantier terminé, mais se prépare dès la conception.
⚠️Ce guide est informatif. Pour votre situation, consultez un électricien Qualifelec. Les règles présentées ici évoluent (la NF C 15-100 a été refondue en série 2024) et leur application dépend de votre installation.
Vos questions les plus fréquentes
Est-il légal de refaire l’électricité de sa maison soi-même en France ?
Oui, aucune loi n’interdit à un particulier de refaire son installation dans son propre logement. Ce que la loi exige : conformité à la NF C 15-100 (arrêté du 3 août 2016), attestation Consuel dans les cas prévus (installation neuve, rénovation totale, production raccordée), et déclaration à votre assurance habitation pour les travaux importants.
Le Consuel est-il obligatoire si je refais l’électricité moi-même ?
L’attestation Consuel est obligatoire dans trois cas : installation neuve raccordée, rénovation totale avec mise hors tension par Enedis, installation de production raccordée au réseau. Un ajout de circuit ou un remplacement de tableau divisionnaire sans mise hors tension ne l’exige pas.
Que se passe-t-il si mon installation DIY est non conforme et provoque un sinistre ?
Votre assureur peut refuser ou réduire l’indemnisation à deux conditions cumulatives : la non-conformité est manifeste, et elle est causalement liée au sinistre. Base légale : articles L113-2 et L113-8 du Code des assurances. En pratique, un dossier complet (attestation Consuel, factures, photos) protège votre indemnisation. La démarche n’est jamais automatique.
Puis-je faire l’installation électrique d’une salle de bain moi-même ?
C’est légal, mais je le déconseille. La salle de bain impose des règles strictes : volumes 0, 1, 2 avec IP spécifiques, liaison équipotentielle supplémentaire, distances entre points d’eau et appareillage. Une erreur présente un danger vital (électrocution en milieu humide). Confiez au moins la conception à un électricien pro, quitte à réaliser vous-même le passage des gaines.
Puis-je bénéficier de MaPrimeRénov’ si je refais l’électricité moi-même ?
Non, et pas seulement parce que MaPrimeRénov’ exige un artisan RGE. En 2026, les travaux électriques purs (mise aux normes, sécurité électrique) ne sont pas éligibles seuls au programme, quel que soit l’exécutant. MaPrimeRénov’ finance chauffage, isolation et ventilation. L’électricité entre uniquement comme poste induit d’un projet de rénovation énergétique globale.
Combien de temps faut-il pour refaire soi-même l’électricité d’une maison de 100 m² ?
Comptez 80 à 150 heures de travail effectif pour un bon bricoleur, soit 3 à 6 mois en travaillant les week-ends et soirs. Un professionnel réalise le même chantier en 3 à 4 semaines. La différence vient du temps de conception, de lecture de la norme, et du rythme moins soutenu.
Est-il vrai qu’on risque 45 000 € d’amende et 3 ans de prison pour une installation non conforme ?
Non, cette information est fausse pour un particulier chez lui. La sanction « 45 000 € et 3 ans » correspond à l’article L8224-1 du Code du travail qui vise l’exercice illégal d’une profession (travail dissimulé), pas un propriétaire dans son logement. Vos vrais risques : responsabilité civile ou pénale en cas d’accident, refus d’indemnisation par l’assurance, sanctions d’urbanisme si travaux modifient l’aspect extérieur.
Dois-je déclarer à mon assurance habitation les travaux électriques que je fais moi-même ?
Oui pour les travaux importants : refonte complète, création d’une nouvelle installation, modification du tableau général, ajout d’une installation de production. Envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception. Non-déclaration + sinistre = risque de déchéance de garantie sur base de L113-8 du Code des assurances. Pour des travaux mineurs (changement de prise, luminaire), la déclaration n’est pas nécessaire.
Prochaine étape : préparer votre dossier Consuel avant le premier coup de pince
Si vous décidez d’engager les travaux, tracez d’abord votre schéma unifilaire complet, poste par poste, avec les calibres et sections retenus. Ce document servira à votre exécution, au Consuel, et à tout électricien qui interviendra ensuite. Vérifiez également que vos contrats d’assurance couvrent le chantier, et déclarez la refonte par recommandé. Prévoyez enfin une marge de 15 % sur le budget matériel : sur chaque chantier d’autoconstructeur que j’ai suivi, il manquait toujours quelque chose à un moment ou à un autre.
Électricien depuis plus de 20 ans, installé en Bouches-du-Rhône. Ancien compagnon devenu artisan, Marc a câblé des centaines de tableaux, tiré des kilomètres de gaines et remis aux normes des dizaines d’installations résidentielles. Il transmet ici son expérience terrain : normes NF C 15-100, gaines et conduits, tableaux et protections, branchements, bornes de recharge, photovoltaïque et ventilation. Chaque article est vérifié contre les sources primaires (AFNOR, Consuel, Enedis, ADEME).




